
La pratique du vélo progresse en France : 35 % des Français pratiquent le vélo au moins une fois par mois, et 24 % en sont des cyclistes réguliers, selon l'enquête nationale du ministère des Transports publiée en 2025. Ecologie Une tendance encourageante, mais qui masque de profondes inégalités de genre.
L'Observatoire du Cycle 2024 de l'Union Sport & Cycle révèle un écart de 12 points entre hommes et femmes dans la pratique régulière : 31 % chez les hommes contre seulement 19 % chez les femmes. Bicytrust
Des données de l'INSEE confirment cet écart sur les trajets domicile-travail : pour une distance de cinq kilomètres, 2,8 % des femmes utilisent le vélo contre 5,3 % des hommes. Insee
À titre de comparaison internationale, la parité est atteinte en Allemagne, aux Pays-Bas et au Danemark. En France, ce retard n'est pas une fatalité : c'est le symptôme d'un système qui n'a pas encore suffisamment intégré les besoins et les réalités des femmes cyclistes.
Le manque d'aménagements, de pistes et de stationnements reste le frein principal pour plus des deux tiers des personnes interrogées, Banque des Territoires tous genres confondus. Mais ce sentiment est encore plus prononcé chez les femmes.
Les femmes de 35 à 50 ans utilisent certes le vélo en hausse, mais restent trop freinées par l'absence d'infrastructures perçues comme sûres. Cleanrider Pour les femmes qui n'ont pas été socialisées au vélo dès l'enfance, une voirie peu ou pas sécurisée constitue un obstacle souvent rédhibitoire.
La mobilité féminine est souvent caractérisée par des trajets enchaînés, courts et multiples : déposer les enfants à l'école, faire des courses, enchaîner plusieurs destinations proches. Ce type de mobilité, dit "chainée", est peu pris en compte dans la conception des réseaux cyclables.
Le manque de solutions de stationnement constitue un frein particulièrement marqué chez les femmes. Veloce Sans stationnement sécurisé à destination — en copropriété, en gare, devant les commerces ou les écoles — les femmes ne se déplacent pas à vélo. L'insécurité du stationnement est un frein à la pratique, pas un simple confort.
Les trois mesures prioritaires réclamées par les cyclistes sont la multiplication des itinéraires cyclables (51,6 %), la mise à disposition de stationnements sûrs et abrités dans les gares (45,7 %), et l'aménagement systématique de garages à vélos sûrs et accessibles dans les immeubles (36,3 %). Fédération française des Usagères et Usagers de la Bicyclette
Ce dernier point est particulièrement parlant : un local vélo sécurisé dans son immeuble, c'est souvent ce qui fait basculer une hésitante vers la pratique régulière. Pour évaluer la capacité réelle de vos espaces et savoir combien de places vous pouvez créer, utilisez notre calculatrice de places vélo.
46 % des répondants à l'enquête nationale 2024 disent avoir déjà renoncé à utiliser leur vélo par crainte du vol, et 13 % l'ont abandonné après avoir été victimes de vols à répétition. Cleanrider Pour les femmes qui investissent dans un vélo — souvent un VAE — cet enjeu est central. Un vélo mal garé ou garé dans un espace peu sûr, c'est un vélo volé. Et un vélo volé, c'est souvent une pratique abandonnée.
81 % des femmes ont une image très positive du vélo, et 51 % pensent que c'est l'avenir des déplacements. Bicytrust Ce n'est donc pas un problème de désintérêt ou de rejet. Les femmes aiment l'idée du vélo. Ce qui les freine, c'est l'environnement dans lequel elles devraient l'utiliser.
Le vélo est associé à une pratique sportive largement masculine : en 2019, seulement 10 % des cyclistes licenciés auprès de la Fédération française de cyclisme étaient des femmes, et 15 % pour le cyclotourisme. Insee Cette culture sportive genrée déborde sur l'usage utilitaire : les femmes qui n'ont pas grandi avec le vélo comme pratique sportive sont moins enclines à l'adopter spontanément comme mode de transport.
La sous-représentation des femmes à vélo n'est pas déconnectée de leur sous-représentation dans la filière vélo. Les deux se nourrissent mutuellement.
L'étude Les Roues Libres (filière vélo, ADEME, 2024) dresse un constat sans appel :
Quand une filière est peu féminisée, les produits, les services et les infrastructures qu'elle conçoit le sont aussi. Les pistes cyclables, les stationnements, les applis, les campagnes de communication : tout est pensé par des profils majoritairement masculins, pour des usages majoritairement masculins.
C'est probablement le levier le plus immédiat et le plus efficace. Un stationnement sécurisé, bien éclairé, accessible et proche de la destination transforme l'équation pour les femmes :
Un bon stationnement vélo doit être proche de la destination (à moins de 50 mètres de l'entrée), accessible à vélo de plain-pied, séparé des véhicules motorisés et sécurisé par un système de fermeture adapté. L'Union sociale pour l'habitat
Pour les gestionnaires immobiliers et syndics qui souhaitent améliorer concrètement leur offre de stationnement, découvrez nos références de projets avant/après et prenez rendez-vous pour un accompagnement personnalisé.
Le sentiment d'insécurité reste un frein majeur, surtout chez les publics non-habitués. Les usagers réclament des pistes séparées, visibles et continues. French Touch
La continuité des itinéraires est cruciale : une piste qui s'interrompt au croisement, un trottoir partagé mal délimité, une zone sans éclairage... autant d'éléments qui découragent les cyclistes les moins aguerries.
L'amélioration continue des infrastructures et le développement de produits et de services spécifiquement adaptés aux attentes des femmes constituent des leviers majeurs pour l'avenir du marché. Bicytrust
Les campagnes de communication institutionnelle montrent encore trop souvent des cyclistes masculins. Représenter davantage de femmes qui pédalent — avec des enfants, avec des courses, sur des VAE, en ville comme en banlieue — est une condition pour normaliser la pratique.
Les recommandations formulées lors de la rencontre à l'Assemblée nationale en 2024 sont claires :
L'objectif affiché par la filière est ambitieux mais nécessaire : 30 % de femmes dans la filière vélo d'ici 2035.
Créée en 2019, cette association joue un rôle moteur pour structurer les enjeux de la mobilité féminine à vélo en France. Elle fédère les initiatives, organise des événements de sensibilisation et produit des études de référence sur la pratique féminine. Si vous souhaitez rejoindre le réseau, rendez-vous sur lesfemmesavelo.com.
Cette association porte un programme de formation aux métiers du vélo avec un taux remarquable : plus de 50 % de femmes dans ses formations de mécanicien(ne)s vélo. La preuve que quand les pratiques de recrutement changent, les résultats suivent. Plus d'infos sur lesroueslibres.ong.
En tant qu'ambassadrice de la filière France Vélo, je suis disponible pour intervenir dans vos tables rondes, séminaires, événements internes ou prises de parole publiques pour présenter les résultats de l'étude Les Roues Libres et animer une réflexion sur la féminisation de la pratique et de la filière. Si vous souhaitez organiser une intervention ou un temps d'échange, contactez-moi ici.
Le stationnement n'est pas un sujet annexe dans la question de la pratique féminine : c'est l'un des leviers les plus directs et les plus actionnables.
Une femme qui n'a pas d'endroit sûr et pratique pour garer son vélo — que ce soit chez elle, à son bureau, devant l'école de ses enfants ou au supermarché — ne prendra pas son vélo. C'est aussi simple que ça.
À l'inverse, un local vélo bien conçu dans une copropriété est un véritable catalyseur de pratique :
36,3 % des cyclistes demandent l'aménagement systématique de garages à vélos sûrs et accessibles dans les immeubles Fédération française des Usagères et Usagers de la Bicyclette — c'est la troisième mesure prioritaire réclamée par les usagers.
Pour les gestionnaires immobiliers, syndics de copropriété et décideurs qui souhaitent évaluer les possibilités sur leur patrimoine, notre calculatrice de places vélo permet d'estimer rapidement le nombre de places qu'il est possible de créer sur un espace donné.
Ces deux dynamiques se renforcent mutuellement. Plus il y aura de femmes qui pédalent au quotidien, plus les enjeux de la pratique féminine seront visibles et pris au sérieux par les décideurs. Plus la filière sera féminisée, plus elle produira des infrastructures, des services et des usages inclusifs.
L'écart de 12 points entre la pratique régulière des hommes et des femmes représente un formidable potentiel de croissance pour le secteur. Bicytrust Réduire cet écart, c'est potentiellement doubler le marché du vélo. C'est aussi — et surtout — rendre la transition écologique plus inclusive et plus durable.
Encourager les femmes à faire du vélo n'est pas une question de marketing ou de gadget d'égalité. C'est un enjeu structurel qui touche à la conception des villes, à la qualité des espaces publics, à la sécurité et aux conditions de travail dans une filière entière.
Les solutions existent : elles passent par des pistes cyclables continues et éclairées, des stationnements sécurisés à proximité des destinations du quotidien, une filière professionnelle plus mixte, et une communication qui représente enfin la diversité des cyclistes.
Pour les gestionnaires de patrimoine, syndics et décideurs immobiliers, agir sur le stationnement vélo en copropriété, c'est contribuer directement à rendre la mobilité à vélo accessible à tous — et toutes. Si vous avez un projet à étudier, prenez rendez-vous pour un accompagnement personnalisé.