Roulons ensemble vers l’égalité femmes-hommes : la filière vélo face à ses contradictions

Le 15 décembre 2025, plus de 80 participantes et participants se sont réunis à l’Assemblée nationale, dans une salle comble et une atmosphère marquante, pour un événement inédit : Roulons ensemble vers l’égalité femmes-hommes. Cette rencontre a marqué une étape clé avec la présentation des chiffres de la filière vélo, issus de l’étude Les Roues Libres, et a ouvert un débat essentiel sur la mixité, les inégalités de genre et l’avenir d’une mobilité durable réellement inclusive.
Roulons ensemble vers l’égalité femmes-hommes : la filière vélo face à ses contradictions

Un événement inédit à l’Assemblée nationale

Organisé dans un lieu hautement symbolique, l’Assemblée nationale, l’événement a rassemblé près de 80 acteurs et actrices de la filière vélo : institutions, entreprises, associations, entrepreneures, chercheuses et professionnelles du secteur.
La mobilité y a été abordée comme un enjeu politique, social et économique majeur, et non plus comme un simple sujet technique.

La présence de Guillaume Gouffier-Valence, député engagé sur les questions de mobilité durable, ainsi que celle de la ministre, a donné une portée institutionnelle forte à cette rencontre. Le message était clair : l’égalité femmes-hommes n’est pas un sujet périphérique, mais une condition de réussite des politiques publiques, notamment dans le cadre de la transition écologique.

Un rappel fort a été posé dès l’ouverture : l’égalité n’est pas qu’une affaire de femmes. C’est une responsabilité collective.

Une filière vélo en croissance… mais peu féminisée

Le premier constat posé par l’étude Les Roues Libres est un paradoxe majeur.
La filière vélo connaît une croissance soutenue, portée par les enjeux climatiques, les politiques publiques et l’évolution des usages. Pourtant, cette dynamique ne bénéficie pas équitablement aux femmes.

  • 18 % de femmes dans les emplois de la filière
  • 35 % de pratiquantes du vélo en France

Ce décalage interroge. Comment expliquer qu’un secteur porté par des valeurs d’écologie, de santé et d’innovation reste aussi peu féminisé ?

La réponse apportée est systémique : la filière reste pensée par et pour des hommes, structurée autour de stéréotypes de genre transmis dès l’enfance.

Un coût humain et économique sous-estimé

Les conséquences de cette sous-représentation sont multiples.

Sur le plan humain, l’exclusion ou l’auto-exclusion des femmes :

  • limite les aspirations professionnelles,
  • entretient des inégalités ordinaires,
  • crée un climat où les violences sexistes et sexuelles sont banalisées.

Sur le plan économique, le constat est tout aussi clair :

Une société qui se prive de la moitié de ses talents est une société qui s’appauvrit.

La transition écologique, souvent présentée comme une opportunité économique, ne pourra pas réussir sans égalité femmes-hommes. La mixité devient ainsi une condition de performance, et non un simple objectif moral.

L’étude Les Roues Libres : une étape structurante

L’étude Les Roues Libres constitue une avancée majeure. Financée notamment par l’ADEME, et portée par Union Sport & Cycle, France Vélo, Les Femmes à Vélo et Cara, elle s’appuie sur :

  • une analyse statistique menée avec des chercheurs de l’INED,
  • des données France Vélo,
  • une étude de terrain auprès des organisations.

Quelques chiffres clés :

  • 11 408 ETP femmes sur 63 731 ETP
  • 15,7 % de femmes dans le transport
  • 26,8 % dans la production
  • 32 % dans l’automobile (à titre comparatif)
  • 13 % dans la construction

À noter : les bureaux d’études et l’ingénierie cyclable atteignent 35 % de femmes, ce qui en fait le segment le plus féminisé de la filière.

Une segmentation très genrée des métiers

L’étude met en lumière une réalité persistante : la répartition genrée des postes.

  • Marketing, communication, accueil : majoritairement féminins
  • Logistique, transport, maintenance : parfois 0 femme

Dans la distribution, la part de femmes oscille entre 10 et 15 %, et ce, même dans des secteurs confrontés à des difficultés de recrutement. Contrairement aux idées reçues, la pénurie de main-d’œuvre ne suffit pas à ouvrir les portes aux femmes car elles sont peu présentes sur les métiers les plus recherchés.

Idées reçues et violences : un problème de culture

Plusieurs mythes persistent dans la filière :

  • les postes seraient trop physiques pour les femmes,
  • le secteur vélo serait une grande famille bienveillante,
  • les violences seraient rares.

La réalité est tout autre.
Selon Les Roues Libres, 58 % des femmes interrogées déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexistes ou sexuelles.

Autre constat clé : le vivier de candidatures est masculin, mais aussi parce que :

  • les offres d’emploi ciblent implicitement les hommes,
  • les canaux de diffusion sont genrés,
  • les femmes intègrent elles-mêmes les stéréotypes et s’auto-censurent.

Pourtant, quand les pratiques changent, les résultats suivent. Exemple marquant : plus de 50 % de femmes dans les formations de mécanicien(ne)s vélo portées par Les Roues Libres.

Des actions encore trop peu structurées

L’étude révèle que :

  • 87 % des organisations n’ont aucune formation dédiée aux femmes,
  • 86,7 % mènent des actions, principalement limitées aux grilles salariales.

La mixité reste rarement abordée de manière globale et stratégique.

Table ronde : paroles de femmes du secteur

La table ronde a permis de donner corps aux chiffres.

  • Amélie Guicheney (Gaya Bike) évoque le ProDays 2021, vécu comme un boys club, où la légitimité féminine était fragile.
  • Caroline Faucon (Baguette à Bicyclette) décrit une double peine pour les femmes entrepreneures : être à la fois cycliste et femme lors des levées de fonds. En 2025, 1 % seulement des start-up financées sont exclusivement féminines.
  • Camille Léa témoigne de comportements masculins choquants en entreprise sans que cela ne semble poser le moindre problème aux salariés.

Même les accessoires vélo rappellent insidieusement que le vélo reste pensé comme un univers masculin.

Recommandations transversales pour la filière

Les recommandations formulées sont claires et opérationnelles :

  • adopter un langage inclusif,
  • utiliser des visuels représentant des femmes,
  • valoriser les rôles modèles féminins,
  • adapter les processus de recrutement,
  • réserver des places aux candidates,
  • former à la non-discrimination,
  • éviter les réunions tôt le matin ou le mercredi,
  • faciliter le temps partiel ou la semaine de 4 jours,
  • communiquer clairement sur les violences sexistes.

L’égalité est une obligation légale, inscrite dans le Code du travail, mais aussi un levier stratégique.

Un témoignage personnel révélateur

À titre personnel, cette étude fait profondément écho à ma situation professionnelle actuelle. Freelance depuis plusieurs années, je passerai prochainement en entreprise individuelle. Mon activité se trouve fragilisée par l’arrêt de certaines subventions publiques. Pour continuer, je dois désormais convaincre des clients de financer directement mes prestations et investir pour gagner en visibilité.

D'ailleurs j'en profite si vous avez besoin de mes services pour dessiner et chiffrer des plans de parking vélo, rendez-vous ici https://www.clapvelo.com/tarifs-parking-velo

Dans ce contexte et suite à cette session à l'Assemblée nationale, la question de la pérennité de mon activité se pose légitimement.

Je ne souhaite pas devenir un symbole, ni me battre pour des opportunités qui devraient être acquises par défaut. Pourtant, dès la ligne de départ, je constate un désavantage structurel par rapport à mes homologues masculins.

Je travaille dans le secteur du vélo depuis 2016, et j’ai toujours évolué dans des environnements majoritairement masculins. Avec le temps, j’ai développé des stratégies d’adaptation. J’ai appris à gérer des remarques sexistes, parfois frontales, le plus souvent insidieuses. Ce n’est qu’en rejoignant Les Femmes à Vélo, et en prenant connaissance des résultats de l’étude Les Roues Libres, que j’ai pleinement mesuré le poids de cette hypervigilance permanente.

Cette vigilance constante est épuisante. Elle installe un sentiment de culpabilité et pousse, souvent malgré soi, à reproduire les codes dominants. Adopter des comportements dits masculins pour être entendue conduit à s’effacer progressivement. À l’inverse, dénoncer chaque comportement sexiste expose à l’isolement, freine les trajectoires professionnelles et réduit les possibilités de devenir un rôle modèle.

Ce dilemme est réel. Il traverse les parcours de nombreuses femmes du secteur. Aujourd’hui, je m’interroge sur la suite à donner à mon activité, alors même que mes prestations sont notées 5 étoiles et que j’ai réalisé une étude de stationnement vélo sur deux à Paris dans le cadre du programme Alvéole Plus.

Ce questionnement n’est pas individuel. Il est le symptôme d’un système qui continue de décourager des compétences pourtant reconnues.

Perspectives et leviers d’action

Face à la baisse des subventions vélo, la question politique devient centrale.
Quelles mesures publiques pour soutenir la mixité ?

Parmi les initiatives inspirantes :

  • Pro elles, qui valorise les femmes lors des ProDays,
  • l’outil d’autodiagnostic des Roues Libres,
  • le programme de mentorat porté par Les Femmes à Vélo, en recherche d’entreprises partenaires.

L’objectif affiché est ambitieux mais nécessaire : 30 % de femmes dans la filière vélo d’ici 2035, avec le soutien d’ambassadrices.

Lors des échanges, j’ai interpellé le député sur un point central : la baisse radicale du budget vélo, passant de 250 millions à 150 millions d’euros, risque de fragiliser l’ensemble de la filière vélo. Cette contraction budgétaire touchera en priorité les métiers aujourd’hui occupés par les femmes, souvent plus précaires, plus récents et fortement dépendants des financements publics.

Dans un secteur encore en construction sur les enjeux de mixité et d’égalité femmes-hommes, une telle réduction constitue un signal contradictoire. Elle menace directement les dynamiques de féminisation, alors même que la filière affirme des objectifs ambitieux en matière de diversité et de transition écologique.

Le député a reconnu cet enjeu. Il a indiqué qu’il ferait tout son possible pour maintenir le budget vélo, tout en soulignant que le contexte économique actuel rendait cet engagement complexe et incertain.

Cette réponse met en lumière une réalité incontournable : sans volonté politique forte et sans financements pérennes, les actions en faveur de la mixité dans la filière vélo risquent de rester fragiles, voire réversibles. Or, investir dans le vélo et dans l’égalité femmes-hommes, ce n’est pas un coût. C’est un choix stratégique pour l’avenir de la mobilité durable.

Conclusion : une première courageuse, mais pas une fin

Cette rencontre à l’Assemblée nationale n’est pas une conclusion.
C’est une première courageuse, qui compte.
La filière vélo dispose désormais de chiffres, d’outils et de recommandations. Reste à transformer l’essai.

Sans égalité femmes-hommes, il n’y aura ni transition écologique, ni mobilité durable réellement performante.

Si vous souhaitez rejoindre les femmes à vélo, rendez-vous ici https://www.lesfemmesavelo.com/

Si vous souhaitez intégrer une formation de l'association les roues libres, rendez-vous ici https://www.lesroueslibres.ong/

Si vous souhaitez consulter l'étude dans son intégralité rendez-vous ici https://filierevelo.com/wp-content/uploads/2025/12/251212_rapport_egalite_filierevelo.pdf

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