
Organisé dans un lieu hautement symbolique, l’Assemblée nationale, l’événement a rassemblé près de 80 acteurs et actrices de la filière vélo : institutions, entreprises, associations, entrepreneures, chercheuses et professionnelles du secteur.
La mobilité y a été abordée comme un enjeu politique, social et économique majeur, et non plus comme un simple sujet technique.
La présence de Guillaume Gouffier-Valence, député engagé sur les questions de mobilité durable, ainsi que celle de la ministre, a donné une portée institutionnelle forte à cette rencontre. Le message était clair : l’égalité femmes-hommes n’est pas un sujet périphérique, mais une condition de réussite des politiques publiques, notamment dans le cadre de la transition écologique.
Un rappel fort a été posé dès l’ouverture : l’égalité n’est pas qu’une affaire de femmes. C’est une responsabilité collective.
Le premier constat posé par l’étude Les Roues Libres est un paradoxe majeur.
La filière vélo connaît une croissance soutenue, portée par les enjeux climatiques, les politiques publiques et l’évolution des usages. Pourtant, cette dynamique ne bénéficie pas équitablement aux femmes.
Ce décalage interroge. Comment expliquer qu’un secteur porté par des valeurs d’écologie, de santé et d’innovation reste aussi peu féminisé ?
La réponse apportée est systémique : la filière reste pensée par et pour des hommes, structurée autour de stéréotypes de genre transmis dès l’enfance.
Les conséquences de cette sous-représentation sont multiples.
Sur le plan humain, l’exclusion ou l’auto-exclusion des femmes :
Sur le plan économique, le constat est tout aussi clair :
Une société qui se prive de la moitié de ses talents est une société qui s’appauvrit.
La transition écologique, souvent présentée comme une opportunité économique, ne pourra pas réussir sans égalité femmes-hommes. La mixité devient ainsi une condition de performance, et non un simple objectif moral.
L’étude Les Roues Libres constitue une avancée majeure. Financée notamment par l’ADEME, et portée par Union Sport & Cycle, France Vélo, Les Femmes à Vélo et Cara, elle s’appuie sur :
Quelques chiffres clés :
À noter : les bureaux d’études et l’ingénierie cyclable atteignent 35 % de femmes, ce qui en fait le segment le plus féminisé de la filière.
L’étude met en lumière une réalité persistante : la répartition genrée des postes.
Dans la distribution, la part de femmes oscille entre 10 et 15 %, et ce, même dans des secteurs confrontés à des difficultés de recrutement. Contrairement aux idées reçues, la pénurie de main-d’œuvre ne suffit pas à ouvrir les portes aux femmes car elles sont peu présentes sur les métiers les plus recherchés.
Plusieurs mythes persistent dans la filière :
La réalité est tout autre.
Selon Les Roues Libres, 58 % des femmes interrogées déclarent avoir été victimes ou témoins de violences sexistes ou sexuelles.
Autre constat clé : le vivier de candidatures est masculin, mais aussi parce que :
Pourtant, quand les pratiques changent, les résultats suivent. Exemple marquant : plus de 50 % de femmes dans les formations de mécanicien(ne)s vélo portées par Les Roues Libres.
L’étude révèle que :
La mixité reste rarement abordée de manière globale et stratégique.
La table ronde a permis de donner corps aux chiffres.
Même les accessoires vélo rappellent insidieusement que le vélo reste pensé comme un univers masculin.
Les recommandations formulées sont claires et opérationnelles :
L’égalité est une obligation légale, inscrite dans le Code du travail, mais aussi un levier stratégique.
À titre personnel, cette étude fait profondément écho à ma situation professionnelle actuelle. Freelance depuis plusieurs années, je passerai prochainement en entreprise individuelle. Mon activité se trouve fragilisée par l’arrêt de certaines subventions publiques. Pour continuer, je dois désormais convaincre des clients de financer directement mes prestations et investir pour gagner en visibilité.
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Dans ce contexte et suite à cette session à l'Assemblée nationale, la question de la pérennité de mon activité se pose légitimement.
Je ne souhaite pas devenir un symbole, ni me battre pour des opportunités qui devraient être acquises par défaut. Pourtant, dès la ligne de départ, je constate un désavantage structurel par rapport à mes homologues masculins.
Je travaille dans le secteur du vélo depuis 2016, et j’ai toujours évolué dans des environnements majoritairement masculins. Avec le temps, j’ai développé des stratégies d’adaptation. J’ai appris à gérer des remarques sexistes, parfois frontales, le plus souvent insidieuses. Ce n’est qu’en rejoignant Les Femmes à Vélo, et en prenant connaissance des résultats de l’étude Les Roues Libres, que j’ai pleinement mesuré le poids de cette hypervigilance permanente.
Cette vigilance constante est épuisante. Elle installe un sentiment de culpabilité et pousse, souvent malgré soi, à reproduire les codes dominants. Adopter des comportements dits masculins pour être entendue conduit à s’effacer progressivement. À l’inverse, dénoncer chaque comportement sexiste expose à l’isolement, freine les trajectoires professionnelles et réduit les possibilités de devenir un rôle modèle.
Ce dilemme est réel. Il traverse les parcours de nombreuses femmes du secteur. Aujourd’hui, je m’interroge sur la suite à donner à mon activité, alors même que mes prestations sont notées 5 étoiles et que j’ai réalisé une étude de stationnement vélo sur deux à Paris dans le cadre du programme Alvéole Plus.
Ce questionnement n’est pas individuel. Il est le symptôme d’un système qui continue de décourager des compétences pourtant reconnues.
Face à la baisse des subventions vélo, la question politique devient centrale.
Quelles mesures publiques pour soutenir la mixité ?
Parmi les initiatives inspirantes :
L’objectif affiché est ambitieux mais nécessaire : 30 % de femmes dans la filière vélo d’ici 2035, avec le soutien d’ambassadrices.
Lors des échanges, j’ai interpellé le député sur un point central : la baisse radicale du budget vélo, passant de 250 millions à 150 millions d’euros, risque de fragiliser l’ensemble de la filière vélo. Cette contraction budgétaire touchera en priorité les métiers aujourd’hui occupés par les femmes, souvent plus précaires, plus récents et fortement dépendants des financements publics.
Dans un secteur encore en construction sur les enjeux de mixité et d’égalité femmes-hommes, une telle réduction constitue un signal contradictoire. Elle menace directement les dynamiques de féminisation, alors même que la filière affirme des objectifs ambitieux en matière de diversité et de transition écologique.
Le député a reconnu cet enjeu. Il a indiqué qu’il ferait tout son possible pour maintenir le budget vélo, tout en soulignant que le contexte économique actuel rendait cet engagement complexe et incertain.
Cette réponse met en lumière une réalité incontournable : sans volonté politique forte et sans financements pérennes, les actions en faveur de la mixité dans la filière vélo risquent de rester fragiles, voire réversibles. Or, investir dans le vélo et dans l’égalité femmes-hommes, ce n’est pas un coût. C’est un choix stratégique pour l’avenir de la mobilité durable.
Cette rencontre à l’Assemblée nationale n’est pas une conclusion.
C’est une première courageuse, qui compte.
La filière vélo dispose désormais de chiffres, d’outils et de recommandations. Reste à transformer l’essai.
Sans égalité femmes-hommes, il n’y aura ni transition écologique, ni mobilité durable réellement performante.
Si vous souhaitez rejoindre les femmes à vélo, rendez-vous ici https://www.lesfemmesavelo.com/
Si vous souhaitez intégrer une formation de l'association les roues libres, rendez-vous ici https://www.lesroueslibres.ong/
Si vous souhaitez consulter l'étude dans son intégralité rendez-vous ici https://filierevelo.com/wp-content/uploads/2025/12/251212_rapport_egalite_filierevelo.pdf