Oser rater pour mieux innover : ce que m’a appris l’exposition Flops ?! au musée des Arts et Métiers

L’exposition Flops ?! au musée des Arts et Métiers plonge au cœur de ce que l’on préfère souvent cacher : le raté, l’erreur, la fausse bonne idée. Pourtant, c’est précisément là que naissent des pistes d’innovation puissantes. En parcourant les quatre parties de l’exposition, j’ai ressenti un écho très fort avec notre rapport actuel à la mobilité, à la ville, au design et à la manière dont nous organisons notre quotidien autour d’un modèle devenu, à bien des égards, absurde. Cette visite m’a poussée à interroger mes propres certitudes, mon métier d’experte en aménagement de parkings vélo, et même la nécessité de repenser mon activité après l'arrêt des subventions Alvéole+. Parce que rater, recomposer et relancer font partie du chemin de toute innovation.
Oser rater pour mieux innover : ce que m’a appris l’exposition Flops ?! au musée des Arts et Métiers

Quand l’échec raconte mieux l’innovation que le succès

L’exposition s’ouvre sur une galerie d’objets et de projets « ratés ». Des inventions jugées dangereuses, mal pensées, mal coordonnées ou simplement arrivées trop tôt. À travers ces cas très concrets, on réalise à quel point la réussite est fragile. Il suffit d’un mauvais choix technique, d’un usage mal anticipé ou d’un contexte inadéquat pour qu’une bonne idée sombre dans l’oubli.

Ce premier contact m’a rappelé une évidence : l’innovation n’est jamais un long fleuve tranquille. On ne crée pas un produit ou un service pertinent sans s’exposer à la possibilité d’un flop. Et c’est souvent ce flop, justement, qui donne les signaux nécessaires pour ajuster, pivoter, réinventer.

Penser à côté pour mieux penser : l’absurde comme moteur créatif

La deuxième partie, consacrée aux objets loufoques imaginés par Jacques Carelman, est un vrai laboratoire d’idées improbables… mais éclairantes, qui questionnent très sérieusement ce qu’est un bon design, une bonne ergonomie, un bon usage.

J’ai immortalisé une photo d’un mur d’objets absurdes autour du vélo. Ce clin d’œil m’a fait sourire, mais il m’a surtout interpellée : dans nos métiers liés à la mobilité, on ne progresse jamais en restant rivés à ce qui existe. On progresse en osant imaginer ce qui semble improbable, inutile, déroutant. Même si 99 % de ces idées ne verront jamais le jour, le 1 % restant peut transformer nos villes.

Le monde autour de nous est déjà absurde – mais on s’y est habitués

En sortant de la salle Carelman, une réflexion s’est imposée. Nous nous moquons volontiers de ces objets absurdes… mais notre quotidien est lui-même rempli d’absurdités que nous ne voyons plus.

Prenons un exemple simple : notre monde est construit autour de la voiture.
Tout y contribue :

  • la taille des routes,
  • les voies rapides en cœur de villages,
  • la place qu’on consacre au stationnement,
  • et même la taille des garages, parfois plus grands que le salon dans certaines maisons individuelles.

Et pourtant, malgré cet espace colossal dédié à l’automobile, son usage réel, surtout en ville, en révèle les limites.

83,8 % des conducteurs sont seuls dans leur voiture le matin aux heures de pointe, selon le dernier baromètre de l’autosolisme publié par Vinci Autoroutes.

Autre donnée vertigineuse : 10 % du trafic urbain provient d’automobilistes… qui cherchent une place pour se garer. Ce phénomène, analysé par l'équipe du physicien Alexandre Nicolas (CNRS, Université Claude-Bernard Lyon-1), alimente congestion et pollution.

À ce stade, difficile de ne pas reconnaître que ce modèle « rationnel » que nous défendons depuis des décennies frôle l’absurde.

Pourquoi continuer à tout organiser autour de la voiture ?

Bien sûr, tout le monde ne peut pas tout faire à vélo. Personne ne prétend le contraire. Mais une statistique interroge :

60 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km sont réalisés en voiture.
Seuls 5 % sont effectués à vélo.

À l’heure où le trajet domicile/travail représente le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre pour les activités de bureau, ce décalage n’est plus tenable. Beaucoup d’experts – dont Stein Van Oosteren – rappellent chaque jour qu’un autre monde est possible. Un monde où l’on se déplace autrement, où l’on rééquilibre l’espace public, où l’on n’associe plus systématiquement mobilité et voiture.

Autrement dit : ce que nous considérons aujourd’hui comme normal est peut-être l’absurdité la plus flagrante de notre siècle. Et cet écart entre ce que nous faisons et ce que nous devrions faire crée un appel d’air pour innover autrement.

Des flops, des tops… et tout ce qui existe entre les deux

La dernière partie de l’exposition souligne que certains échecs deviennent des leviers d’innovation.
Et parfois, en observant le secteur du vélo, on retrouve exactement cette dynamique :

  • Parfois, ça marche tout de suite parce que le produit répond parfaitement aux besoins (comme la génération des vélos urbains premium type Gaya).
  • Parfois, la bonne idée arrive trop tôt, comme le vélo à hydrogène, encore en recherche d’un modèle économique viable.
  • Parfois, ça ne marchera jamais, car l’idée est simplement mauvaise ou techniquement incohérente (le vélo en plastique en est un bon exemple).
  • Et parfois, contre toute logique, une absurdité fonctionne, comme notre obsession collective pour le tout-voiture… au moment même où l’urgence climatique atteint un niveau critique.

Ce mélange d’échecs féconds et de succès improbables rappelle une vérité simple : l’innovation avance en zigzag. Elle réclame du courage, de l’humilité et la capacité d’accepter de ne pas avoir raison dès le premier essai.

Rechallenger son activité : une nécessité, pas une option

Cette exposition n’a pas seulement nourri ma réflexion sur l’innovation. Elle m’a aussi renvoyée à ma propre activité. L’arrêt soudain des subventions Alvéole+, qui représentaient l’essentiel de mon chiffre d’affaires, m’oblige à revoir mon modèle. C’est inconfortable, évidemment. Mais c’est aussi l’occasion de retester ce que je propose, de clarifier ma valeur, d’innover dans ma manière d’accompagner les acteurs qui veulent mieux intégrer le vélo dans leurs projets.

Ce que je sais, en revanche, ne change pas :
le besoin d’aménagements vélo n’a jamais été aussi fort.
Ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de subvention que les bailleurs, écoles, entreprises, promoteurs ou copropriétés n’ont plus besoin de solutions adaptées.
Au contraire : le vélo s’impose comme un pilier de la mobilité de demain. Les usages explosent. Les besoins de stationnement sécurisé, intelligent, évolutif aussi.

Pourquoi je continue d’agir : pour des villes plus logiques, plus efficaces, plus respirables

Ce que j’ai retenu de cette exposition, c’est que nous vivons à une époque où l'absurde côtoie le génial. Et où les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront la ville dans laquelle nous vivrons demain.

Nous avons encore beaucoup à retravailler, à corriger et à transformer pour sortir du modèle du tout-voiture. Nous devons promouvoir :

  • des mobilités sobres,
  • des infrastructures vélo bien pensées,
  • des parkings adaptés aux usages réels,
  • et une redistribution plus juste de l’espace public.

Chaque acteur – public, privé, associatif – a un rôle à jouer. Et j’ai la conviction profonde que, malgré les obstacles, nous sommes en train d’opérer un tournant majeur.

Un dernier mot : si vous lisez ces lignes…

Si vous pensez que mon expertise peut aider un établissement, une commune, une entreprise ou une copropriété, parlez-en autour de vous.

J’accompagne tous types de structures pour dessiner, optimiser et chiffrer leurs parkings vélo, même en l’absence de subventions. Le besoin est là, plus pressant que jamais. Et c’est ensemble que nous pouvons transformer les usages, un projet après l’autre.

Parce qu’innover demande d’oser.
Parce que rater fait partie du chemin.
Et parce que nos villes méritent mieux que l’absurdité qui les structure aujourd’hui.

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